Preuve du manque flagrant de visibilité offerte au sport féminin, ce traitement différencié s’explique par des contraintes budgétaires importantes chez France TV. L’Humanité rappelle qu’une diffusion intégrale augmenterait les frais du dispositif. D’autant plus à ce stade encore précoce d’internationalisation du Tour de France femmes et à l’heure où le service public doit se serrer la ceinture, notamment sur son budget alloué au sport. Ce que confirme Marion Rousse, qui reste néanmoins confiante pour l’avenir : « Tout est question de moyens. Mais il y a une vraie réflexion, on espère tendre vers ça. »
Mercredi, la directrice du Tour féminin affirmait même au Parisien que l’idée commence sérieusement à faire son chemin. « C’est une réflexion qu’on a à l’heure actuelle et qu’on n’avait pas avant. J’en ai beaucoup parlé avec France Télévisions, avec ASO (organisateur de l’événement), il y a une réelle réflexion pour diffuser les étapes en intégralité à l’avenir, parce que les filles le méritent, parce que ça fonctionne bien en termes d’audience. Le public a envie de voir du cyclisme féminin », assurait-elle.
Deux Tours de France, tour à tour
Paradoxalement, le débat et le mécontentement général des téléspectateurs seraient presque des sources de joie pour l’ancienne coureuse, qui y voit une preuve du rayonnement grandissant de la course qu’elle dirige : « Lors de la première édition (en 2022, ndlr), la question était de savoir si le Tour de France femmes allait fonctionner. Maintenant, au bout de cinq ans, tout le monde veut les étapes en intégralité. »
Le Tour féminin gagne aussi en visibilité grâce à un programme de diffusion revu d’année en année pour lui offrir une meilleure couverture sur les antennes du service public. Un an après sa création, deux des huit étapes étaient déjà retransmises en intégralité sur France 2, contre zéro en 2022. À cela s’ajoute une autre évolution : un calendrier de course désormais distinct entre les hommes et les femmes. Exception faite de la troisième édition, diffusée en période de Jeux olympiques, le Tour de France femmes a toujours débuté pendant ou lors de la dernière journée de course des hommes. La fin de ce chevauchement - imaginé au départ pour attirer les spectateurs de la Grande boucle vers son pendant féminin - permet une meilleure couverture médiatique grâce aux cinq jours d’écart entre l’arrivée masculine et le départ féminin, qui permet par exemple aux journalistes spécialisés de boucler leur couverture sur les Champs-Élysées avant de souffler et de se rendre au départ des dames.
Face à l’ampleur prise par ce sujet, la ministre des Sports Marina Ferrari a plaidé ce vendredi pour « les femmes soient diffusées de la même manière que les hommes ». « Je pense que dans les années à venir, le Tour de France Femmes sera très certainement diffusé dans son intégralité et j’en serai très heureuse », a-t-elle affirmé auprès d’ICI Ardèche, même si le Tour féminin doit encore trouver « son modèle économique ».
Reste à savoir si les belles audiences de 2026 se confirmeront sur les derniers jours de course en dépit du classement général. Le 3 août 2025, pour sa première participation, la Française Pauline Ferrand-Prévot avait remporté la Grande boucle en solitaire, à Châtel. Un exploit suivi par 4,4 millions de téléspectateurs, avec un pic record enregistré à 7,7 millions. Malheureusement, cette année les Françaises sont à la traîne et l’absence de véritable prétendante tricolore dans la dernière ligne droite pourrait bien coûter quelques records d’audience à France 2 et retarder, de fait, une diffusion intégrale.