Le serpent aurait été introduit alors que « la mode était à l’importation d’oliviers centenaires », explique franceinfo, précisant que ces arbres venus d’Espagne continentale était utilisés pour la décoration des jardins. L’animal s’est depuis répandu sur le territoire et parvient même à atteindre des îlots adjacents, a expliqué au Guardian Oriol Lapiedra, biologiste au Centre de recherche écologique et d’applications forestières (Creaf) de Catalogne.
Après avoir reçu de « plus en plus de témoignages de pêcheurs et de touristes qui avaient vu des serpents nager », des chercheurs ont filmé pour la première fois en avril 2024 un serpent qui se déplaçait dans l’eau (comme dans la vidéo ci-dessous) en direction de l’îlot de Santa Eularia. En 2016, 72 lézards avaient été comptés sur ce bout de terre situé à quelque 430 mètres de la côte d’Ibiza. Entre octobre 2023 et mai 2025, plus aucun n’a été aperçu.
« C’est un combat sans relâche et à armes inégales »
Même si 12 000 serpents ont été éliminés depuis 2016, la lutte pour s’en débarrasser à des airs de tonneau des Danaïdes. « C’est une invasion, la situation est très alarmante », déplore auprès de Reporterre Inma Saranova, directrice de l’association Ibiza & Formentera Preservation, qui a installé aux côtés d’autres ONG des dizaines de pièges pour capturer des serpents.
Mais « il faudrait entre 15 000 et 25 000 pièges pour inverser la tendance », estime l’association qui n’en a… qu’« environ 1 500 aujourd’hui ». La montée en gamme aurait un prix élevé : « près de 3 millions d’euros la première année, puis 1,7 million d’euros par an ». « C’est un combat sans relâche et à armes inégales », résume Inma Saranova. Des personnes interrogées sur le terrain par Reporterre font état de pièges où s’entassent quotidiennement plusieurs serpents.
En attendant, les lézards endémiques et menacés s’en sortent un peu mieux dans les villes d’Ibiza, qui en abritent « de bonnes populations » selon Oriol Lapiedra du Centre de recherche écologique et d’applications forestières (Creaf) de Catalogne. La raison est simple, affirme le biologiste : les serpents sont mal accueillis par les habitants sur place, quand ils ne sont pas simplement « écrasés par les voitures ».